Je crois vous avoir déjà parlé d’une énorme différence entre les arts picturaux et musicaux. On voit rarement un peintre nous présenter ses esquisses encore moins ses croûtes. Un musicien peut nous faire à écouter ses impros, ses recherches continues ou impromptues. Je vous partage celle pratiquée ce matin.
En parlant avec ma fille de mon apprentissage de l’Étude de Sibelius, elle me rappelait ces longues pratiques que je lui imposais ainsi qu’à son frère lorsque nous vivions sous le même toit. Les deux n’en ont pas un mauvais souvenir. D’ailleurs fiston adore pratiquer sur ses différentes guitares.
Enregistrement sur Cakewalk de BandLab. Clavier Yamaha MX88.
Je retrouvais la gamme de monsieur Bartók. Et les doigts qui se réchauffent plus facilement. Il y a quelques accrocs, un peu longuet, pour illustrer comment se forgent mes improvisations.
Le commentaire de René Thibaud à propos des comptines enfantines et des carillons au piano lors de mon dernier article, a fait ressurgir le souvenir d’une pièce influencée par mister Glass. Composée et pratiquée en premier sur le piano droit de la maison de campagne pour sa sonorité toute vibrante.
Vous cliquez sur les liens pour le site de René Thibaud et mon article de 2022.
Je constate encore ici que ma mémoire musicale est assez fidèle.
Le rendu de l’enregistrement sur clavier MX88 donne quand même un bon aperçu de la sonorité réelle.
Impro matinale tentant un dialogue entre deux comptines. Thèmes tronqués entre do et la mineur. Pour me changer les idées de l’Étude de monsieur Sibelius que je potasse toujours. Je constate, il me semblerait, une baisse de mon acuité mnémotechnique. Je découpe et pratique par blocs la partition. Je réussis presque à la jouer de mémoire. Le hic, « rabouter » les dits blocs. Les liens entre les blocs ne sont pas assez mémorisés. Vous dire combien j’ai du plaisir à malaxer la gélatine entre mes deux oreilles. Que du bonheur à faire travailler ma matière grise, l’améliorer par la musique. Excellent exercice de neuroplasticité. Le reste du temps passé à attendre un peu de chaleur. Le printemps se laisse désirer. Au moins les oiseaux sont revenus.
Je ne considère pas ma mémoire comme un contenant mais une entité vivante en « moi-même » dans son sens philosophique. D’où le titre de mon article précédent. Fouiller la mémoire et non dans la mémoire. Pendant mon enfance elle m’a accompagné dans la découverte de cet univers nous englobant. M’habituant à stocker infos et souvenirs. À la fin de l’école primaire, elle m’avait permis d’être un premier de classe, de pouvoir utiliser l’anglais comme langue seconde et d’avoir eu cinq années de cours de musique en piano. Il y eut une cassure en commencant mes « humanités ». J’en avais marre d’emmagasiner des connaissances telles que les langues mortes et ces lectures venant de siècles trop éloignés. Je n’ai pas terminé mon cours classique. Qui plus est, la musique avait de nouveaux chantres: les Beatles nous étaient révélés. Il me fallait une guitare. Dès lors la musique pris une place prédominante dans ma vie. Tant pour l’apprentissage de la guitare que pour la découverte de la foissonnante créativité que nous apporta les années soixante. Il me fallut bien terminer mes études secondaires et commencer le CEGEP en histoire puis bifurquer en philosophie. Collégial que je ne terminerai pas. On m’offrait un poste de suppléance en enseignement de l’anglais niveau secondaire, ce qui devait mettre fin à mes études et tracer les premiers pas dans ma vie d’adulte.
Vous me verrez peut-être encore fouiller ma mémoire. Cet article pourrait être le préambule du récit d’un voyage à travers les États-Unis au début des années soixante dix. Lors d’un échange de commentaires avec Barbara Auzou dernièrement, nous parlions de musiques que j’écoutais sur les plages de Miami en 1971. Je vous mets le lien vers son blog.
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Mémoire entité autonome disais-je plus haut. C’est elle qui mène mon impro matinale aujourd’hui. Enregistrement fait aussitôt assis devant mon piano ce matin, sans réchauffement. J’utilise les mêmes accords que j’utilisais hier soir en pratiquant du Sibelius. La nuit portée sans conseil que souvenue.
Impro matinale issue d’une recherche commencée il y a quelques jours. L’interprétation d’une pièce qui ne retrouvait plus sa place au bout de mes doigts.
La semaine dernière pendant ma pratique quotidienne, les mains quasi engourdies par ce bel après-midi de notre printemps hivernal, -3°C le jour et -11°C la nuit. Même les acériculteurs prévoient une récolte d’eau d’érable à la baisse. « Doux printemps quand reviendras-tu me chauffer la coenne » merci Paul Piché de nous le rappeler.
Me voici donc incapable de mettre les bonnes notes aux bons endroits. Me fallut récupérer la partition et à la relecture rien de mon interprétation concordait ou presque. J’ai finalement retrouvé une partie du phrasé à la main gauche.
Le déclic c’est fait. Je remercie ma mémoire parfois défaillante de « défragmenter » mes souvenirs et automatismes.
C’est une pièce de Chick Corea. Crystal Silence, évidemment mon interprétation tronquée.