Publié par : Jacques Grégoire | 2010/05/02

Une langue qui fuit par en avant

Je mets mon grain de sel. (texte à corriger)

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Dans une autre  vie, je fis parti du corps enseignant, début des années 70.

A la rentrée d’une année scolaire, nous pouvions demander à nos élèves ,  presqu’écoliers, ce  qu’ils  souhaitaient pour devenir  ces bons élèves.

Pour la plupart aussi  se  souhaitant d’être des étudiants.  Études post-secondaires comme on le dit aujourd’hui.

UNANIMEMENT: Ils choisirent des dictées, devoirs et exercices obligatoires.

Je ne comprenais pas et je n’étais pas le seul.  Il fut choisi des voies qui me surprirent et encore aujourd’hui.

Et combien judicieuse fut leur décision. S’accaparer le plus vite possible du  véritable choix: la LIBERTÉ.

Nous ne pouvions que les écouter…. Leur sentier: la langue maternelle.

J’oubliais, j’enseignais l’anglais. Nous  comprîmes  très vite que la meilleure façon d’apprendre une autre langue:  il fallait connaître la sienne.

Hé!  Coi…..!     Encore !!!!!

Il vous faut maintenant faire la différence entre: écolier, élève et étudiant. Autant que la maîtresse, l’ enseignant(e), le ou la   professeur(e).

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Article de Jean Larose  du journal  Le Devoir,  pour lire les commentaires, cliquez sur le lien

http://www.ledevoir.com/culture/livres/288079/le-mensonge-national-des-quebecois

Le mensonge national des Québécois

Jean Larose 1 mai 2010  Livres
Une enseignante de français au secondaire me raconte l’enfer où elle travaille: «C’est pas qu’ils font des devoirs bourrés de fautes. Ils ne les font pas, tout simplement. Avoir zéro, redoubler, ils s’en fichent.» Un élève, qu’elle avait réprimandé durement, s’est jeté tête première contre un mur, pour se blesser et pouvoir ensuite l’accuser de l’avoir frappé. «Ma crisse, m’a t’avoir!»Indiscipline chronique, insultes, menaces, iPod et téléphone en classe — «on le confisque, mais le lendemain ils en ont un autre». Franche rigolade si elle leur parle de valeurs sociales, d’héritage culturel du Québec, de nécessité de maîtriser sa langue. Pire: certains parents, prévenus que leur enfant allait vers l’échec: «Je respecte son autonomie. C’est la vie qu’il a choisie.»Cette négligence criminelle (comment appeler autrement le fait de laisser un garçon de seize ans libre de rater sa vie?) est idéologique au Québec. Tout l’encourage et la justifie.On engage parfois de mes étudiants pour corriger les «examens du ministère». Ils en reviennent scandalisés par les pressions que les patrons ont exercées sur eux pour qu’ils ne voient pas ce qui crève les yeux, donnent la note de passage à des copies où il y a cinq fautes par phrase, pas une phrase française, pas deux phrases de suite articulées entre elles. «Est-ce qu’il y a une idée principale? Le nombre de mots obligatoire? Le mot x, le mot y ou le mot z? Oui? Note de passage.»«On pourra réduire la proportion du résultat de l’examen du ministère dans la note finale de l’étudiant à 0 % si ses résultats sont désastreux.» (La Presse, 21 mai 2009.) «On demande aux enseignants d’adapter les examens. Un élève qui serait en 6e année, mais du niveau de 4e année, devrait recevoir des examens de 4e année.»À l’Université de Montréal, même en lettres, en philosophie ou en sciences humaines, il n’y a pas 20 % des étudiants qui fassent moins de cinq fautes dans un texte de deux pages. Les échecs seraient si nombreux si on en tenait compte que les professeurs ferment les yeux. Pendant quelques années, on a laissé les étudiants qui ne savaient pas le français croire qu’ils méritaient leurs diplômes. Maintenant, l’université, la société, l’État même, ont fini par se le faire accroire. La supercherie arrange tout le monde. Ceux qui se destinent à l’enseignement auraient les plus mauvais résultats au test de français d’admission à l’université. Cela ne fait hurler personne.

Depuis Duplessis, le mensonge sur la qualité de notre français forme la base de l’idéologie nationale. L’échec c’est le succès, l’ignorance c’est la connaissance, bafouiller c’est parler. Officiellement, les Québécois aiment le français (c’est le plus gros mensonge national), il faut donc maquiller la réalité en son contraire. «Il s’est formé parmi nous, écrit Renaud Camus, une caste qu’on pourrait appeler celle des amis du désastre. Sa fonction paraît être soit de nier purement et simplement les évolutions fâcheuses, soit d’expliquer, lorsque c’est impossible, qu’elles sont loin d’être aussi fâcheuses qu’il y paraît.»

Non seulement une copie qui mériterait 20 % obtient la note de passage parce que le quartier défavorisé où vit son auteur permet de lui appliquer une miraculeuse pondération socioéconomique, mais encore il se trouvera toujours un menteur patenté pour affirmer qu’en fait, celui-ci sait son français.

Au fil des ans, l’argument change. À qui s’inquiète de la mutilation de la syntaxe ou de la pauvreté du vocabulaire, l’ami du désastre répond que ces maux sont des biens parce que — selon les époques — il faut au jeune Québécois une langue proche de son vécu (pédagogie nationaliste), l’orthographe est une valeur bourgeoise (égalitariste), les jeunes vivent dans un nouvel habitus culturel (contre-culturaliste), Internet change les modes d’apprentissage (futuriste) et donc… etc. Depuis la Révolution tranquille, l’histoire de ces raisons variées pour maquiller en succès un échec invariable est celle de notre lâche dérive loin de la souveraineté. L’excuse qui les réunit toutes et qui est comme l’emblème national du mensonge québécois, c’est qu’un échec en français compromettrait l’estime de soi de l’élève.

De même, en effet, le Québec se ment pour pouvoir continuer à s’aimer tel qu’il est. La souveraineté, c’était l’amour du pays tel qu’il allait devenir.

Les médias raffolent des amis du désastre parce qu’ils aggravent la confusion mentale qui est devenue leur élément. «Les amis du désastre exercent leurs talents, assez logiquement, dans les domaines où le désastre semble le plus manifeste et s’expose avec une évidence qu’eux s’ingénient précisément à présenter comme trompeuse. Il s’agit toujours d’établir, chiffres en main, statistiques à l’appui, que nous ne voyons pas ce que nous voyons, que nous n’entendons pas ce que nous entendons, que ce que nous croyons qui arrive n’arrive pas vraiment.» Ici, les sociologues étant devenus trop intellectuels pour les médias, on leur préfère désormais les spécialistes en communications ou les journalistes (on n’est jamais si bien trompé que par soi-même). Mais quelle que soit la discipline invoquée, la vérité corrigée et médiatisée est toujours que le niveau, en fait, monte, que le français est fort au Québec, que l’image traduit mieux la pensée que le verbe et que (ici, au choix, inscrire un paradoxe contre tout bon sens, le plus absurde sera le meilleur).

«Derrière l’amour qu’on porte aux gens tels qu’ils sont, il y a la haine de l’homme authentique» (Adorno). Les baby-boomers avaient tout reçu: français, histoire, littérature, sciences, politique. L’autonomie qu’ils donnent en retour aux générations suivantes n’est qu’une défaite pour ne rien savoir de leur propre négligence criminelle. Et puis, on remarque bien qu’eux-mêmes, ceux qui ferment les yeux, savent de moins en moins le français. Entre les torts des adultes et ceux des enfants, il s’opère une confusion dont profite la lâcheté nationale.

***

Du sens dans ses rapports avec l’origine, le temps, l’histoire, l’étymologie, la morale, la culture, la littérature, l’éducation, la nationalité, l’immigration, «l’affaire Camus», etc.
Renaud Camus
P.O.L.
Paris, 2002, 400 pages

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Collaborateur du Devoir

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