Publié par : Jacques Grégoire | 2022/04/30

Une Révolution intérieure tranquille? Partie1

Véritable esquisse de la pochette

A Day in the Life: à écouter pendant la lecture.

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Printemps 1969. Nous sommes un petit groupe d’élèves, fin du secondaire, à découvrir les joies et plaisirs de la contestation. Rien à voir avec les soixante-huitards européens. Une petite bande de joyeux lurons voulant faire fi de l’autorité avec un grand A, pour nous la direction de notre institution scolaire. Du moins le croyions-nous. Grâce à nos lectures, musiques, films ou reportages sur la contre-culture. Celle qui prenait source dans le mouvement hippie, Peace & Love made in USA dans les années 60. Cela commençait à peine au Québec surtout après Expo 67 avec toutes ses ouvertures sur le monde. Notre révolution tranquille.

Mais revenons à ce printemps 69. L’époque des premières expériences de Paradis Artificiels et surtout la plus marquante pour moi , le premier trip de LSD.

Nous sommes réunis chez le plus vieux d’entre-nous. Un peu notre gourou,. Il est d’ailleurs au collège sous ordonnance de la cour. Selon lui pour vagabondage dans un coffre-fort. Il nous aide à prendre cette expérience avec beaucoup de précautions. Cette journée là nous étions deux à faire le saut dans l’inconnu. Nous accompagnaient 2 ou 3 acolytes pour nous surveiller pendant cette eucharistie psychédélique, un petit buvard avec le logo STP. J’en apprendrai la signification plus tard… .

Comptez environ une heure avant les premiers effets. Quand était-il? Tels que racontés par tout un chacun: couleurs vibrantes, le pas incertain, périodes d’hilarité et tutti quanti. Pour moi ce fut les céramiques de la salle de bain qui bougeaient chacune à leur façon, périodes d’hilarité aussi. J’apprivoise ces nouvelles sensations. Il y a de la musique psychédélique en sourdine: Vanilla Fudge, Cream, Iron Butterfly. Terrain connu, rassurant comme les amis gardiens. Et me voilà à mélanger ou démêler sons et couleurs. Profondeur et hauteur pareillement. Tout est chatoiement, irisation, brillance. Je me crois capable de diriger ce déferlement de couleurs.

Quand soudain mon moi-même tout plein et entouré de lumières est attiré par le son sortant du tout petit pickup où on vient de mettre le long-jeu Sargeant Peppers des Beatles. Malgré la petitesse du seul haut-parleur, la magie de ce monument de la musique pop fait son oeuvre. À cette époque je suis guitariste pour ce qu’on appelle aujourd’hui un ‘’Band de Garage’’. Nous jouions entre autres ‘’A Day in the Life’’ et ‘’A Little Help From my Friend’’. Vous comprendrez l’influence qu’avait sur moi la musique du ‘’Fab Four’’.

Je m’assieds et ferme les yeux. C’est au tour de mon ouïe de prendre les commandes de la manœuvre. Mais la vue ne veut pas être laissée en plan. Les couleurs continuent à s’étirer en allers-retours au rythme de la musique. Je sens que j’apprivoise bien cette mouvance sensorielle. Chacune des musiques écoutées m’ouvrent les portes d’univers insoupçonnés. Toujours les yeux clos comme si je craignais que le charme disparaisse. 

 Arrive la pièce ‘’A Day in the Life’’.  Je chevauche une fusée en forme de guitare. Je suis entraîné à la vitesse de la lumière. Et plus même, je traverse des galaxies les unes après les autres, lumineuses, gigantesques spirales tournoyantes. La pièce se termine. J’aurais voulu que cela n’arrête jamais. Est-ce cela l’illumination, l’extase?

 J’ouvre les yeux. Quelqu’un me regarde. Assis sur un squelette de Triumph Bonneville sans roue. Il sourit. C’est l’ami gourou, sympathisant de la moto. Je sens qu’il comprend mon état. Il lève le bras. M’indique-t-il un chemin à suivre? Pourquoi suivre une autre route? La musique est la voie à suivre. C’est ce que je viens de comprendre, lui dis-je. Que non, rétorque-t-il. La liberté, c’est filer droit devant, ne jamais se laisser diriger. Je sens le poids de son regard et toutes ces questions qui surgissent de partout. Et quand je dis de partout…..

(à suivre…)

© Jacques Grégoire


Réponses

  1. Oh boy. . . 🙂

    • C’est vous, cher Flyng Bum qui m’avez donné l’envie de publier cette tranche de vie. Nous partageons je crois l’expérience du buvard à la grenouille dont vous parlez dans un de vos écrits.
      Beaucoup moins intense que le STP cependant.


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