Publié par : Jacques Grégoire | 2022/08/04

Adoption et Syndrome de la Cellule. suite et fin

Comment faire le lien entre mon adoption et ce bien-être que je retrouve dans des endroits réduits? À quel endroit avons-nous tous été en totale sécurité?

Dans le sein maternel.

Ma mère biologique savait dès le moment où elle devint enceinte qu’elle devrait me donner en adoption. Cela dès ma naissance. Les mères célibataires n’étaient pas bien vues en cette époque  »pré-Révolution Tranquille ». Je vous ai mis un lien vers un rapport sénatorial canadien titré  » Honte à Nous » *.

Malgré tout, j’ai la ferme conviction que ma mère a vécu une grossesse en étant bien entourée. La rumeur voulant que le père fut un notable de la région du Saguenay ou du Lac St-Jean. Preuve que je viens de d’une de ses régions, j’ai un un problème génétique propre aux jeannois ou saguenéens.

Nous entrons ici dans la matrice imaginaire que je commençai à créer au milieu de l’adolescence. Nous suivrons un ordre chronologique mais leurs manifestations furent éparpillées dans le temps. Afin d’alléger le texte nous différencierons mes deux mères: Maman A pour adoptive et Maman B pour biologique.

Neuf mois dans le confort utérin de Maman B ne souhaitant que le mieux pour cet enfant qu’elle ne connaîtra jamais. J’aime croire qu’elle écoutait beaucoup de musique ou était-elle musicienne? Je me demande si elle n’aurait pas écouté pendant son séjour à Québec une émission radiophonique quotidienne ayant comme thème une valse de Brahms**. Thème musical qui me marquera, nous le verrons plus tard.

Je suis né en mai***, le printemps que j’aime bien mais pas autant que l’automne moment où censément je fus conçu. Très probablement un souvenir automnal que devait chérir Maman B.

J’arrive. Le choc de la naissance. Il n’y a pas que le cordon ombilical qui est coupé. Pour ajouter à mon désarroi je n’entendrai plus la voix apaisante de Maman B. Mes premiers besoins de réconforts obnubilés. Vous me voyez arriver avec mes petits petons. (un peu trop tôt pour parler de sabots)

Et voilà!!!! Mon cri primal. Ce besoin de retrouver celle qui m’a porté. Le bien-être du foetus. Tout en confinement.

Mais j’aurai à vivre une deuxième gestation. Neuf mois passés avec les Soeurs du Bon Pasteur. Comme le montre les photos les nourrissons sont rarement hors de leurs bassinettes ou de leurs parcs à bébé. Aurais-je vécu un conditionnement répondant?**** Avoir fait de ma bassinette un lieu où je me sentais en sécurité. Quatre parois rapprochées. La génèse du Syndrome de la cellule.


Ma soeur, mon frère et moi aimions dire que nous avions été choisis. Surtout à cette époque où les bons curés veillaient à ce que leurs paroissiennes fassent leurs devoirs conjugaux.

Comment! Presque 2 ans sans pouvoir baptiser votre neuvième ,dixième ou quatorzième, aimaient sermonner les vicaires de l’Église catholique et omniprésente.

On peut comprendre que ceux et celles qui naquirent dans ces conditions ne furent pas toujours accueillis avec autant de bienveillance sinon carrément privés d’attentions maternelles.

Selon ce que racontait Maman A, lorsque vint le temps de choisir le fils tant espérer, elle aurait jeté son dévolu sur le parfait bébé tout blond et joufflu. Mais le voisin juste à côté fut le seul à lui tendre les bras. Elle ne put résister. Février 1950, j’avais une mère, un père, des grands-parents, oncles, tantes, cousins et cousines.

J’aurais aimé croire que Maman B fut musicienne. Mais comble du bonheur, Maman A était pianiste. Conservatoire tout au long du primaire et secondaire, bonne accompagnatrice. Dès mes premiers moments dans ma nouvelle vie, le piano était présent.

C’est ici que je fais le lien entre mes deux mères. Maman A comme vous pouvez l’imaginer était souvent assise au piano, pour les réunions familiales, les fêtes d’anniversaire, les sauteries entre amis et surtout pour le plaisir des enfants.

Et il y avait une pièce que je souhaitais toujours entendre, la valse de Brahms. Ma musique réconfortante par excellence. Celle au piano par Maman A et la version orchestrale pour Maman B. Le lien qui aurait uni les deux premières femmes dans ma vie.

Mais il ne faut pas oublier, le destin n’aurait pu mieux faire, une mère qui me permit de développer mes talents musicaux dans une famille qui fut somme toute normale mais avec des épisodes hors normes. Le bonheur avec ses hauts et ses bas.

N.B. Vous remarquerez que je ne joue pas la valse de Brahms. J’ai souvent essayé de l’apprendre mais mon rendu ne rejoint jamais le souvenir que j’en ai. Je laisse aux virtuoses le grand plaisir de m’offrir le réconfort de cette pièce. Je me rappelle d’avoir écouter en boucle la version orchestrale sur le système RCA Victor HiFi de mes parents sur disque 78 tours.

* https://sencanada.ca/fr/info-page/parl-42-1/soci-mandat-adoption/

** Valse de Brahms La majeur, op. 39 #15  » Thème de Maman B »
Valse de Brahms au piano de Maman A

*** Crèche St-Vincent-de-Paul http://www.ipir.ulaval.ca/fiche.php?id=982

**** Conditionnement répondant


Réponses

  1. Merci Martine. Cependant le bel accent chantant de ce beau coin de pays n’est pas transmis génétiquement.


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